Contexte et objectifs

Sous l’impulsion conjointe de la FDPPMA 83 et de l’AAPPMA « Société du Bas Verdon », un projet de cartographie thermique a été déployé sur le Bas-Verdon, couvrant le secteur compris entre le lac d’Esparron et la confluence avec la Durance. Ce tronçon, classé en première catégorie piscicole, présente des dynamiques thermiques et hydrologiques étroitement liées aux aménagements du territoire, notamment les ouvrages hydroélectriques (barrage d’Esparron, usine de Vinon-sur-Verdon) et les endiguements.

Cette étude avait pour objectif d’établir un diagnostic initial précis du régime thermique du cours d’eau. Elle s’est notamment attachée à caractériser l’habitat thermique et localiser les zones de refuge essentielles à la truite commune, espèce emblématique présente sur tout le tronçon d’étude et particulièrement vulnérable aux variations de température. L’analyse a également exploré les facteurs structurant la thermie du linéaire : connexions nappe-rivière, apports des affluents, influence de l’hydromorphologie et de la dynamique sédimentaire, ou encore impact des rejets ponctuels. Ces connaissances ont vocation à alimenter le dialogue technique entre l’ensemble des acteurs du bassin.

Méthodologie

Les méthodologies et technologies permettant d’appliquer l’infra-rouge thermique aéroporté (IRT-a) de manière opérationnelle sur les rivières ont été co-développées par SCIMABIO Interface en partenariat avec plusieurs institutions scientifiques (ENS de Lyon, Université de Rennes 2, Université de Nottingham).

Une campagne IRT-a par ULM a été effectuée fin juillet 2025 sur l’ensemble du linéaire du Bas-Verdon. Réalisé durant le pic thermique journalier, le survol a coïncidé avec une période où le cours d’eau était à son débit réservé (2,2 m³/s) et avec une situation météo représentative des conditions estivales de 2025. Le dispositif, calibré grâce à des thermomètres placés en surface dans le cours d’eau, a permis de garantir une précision de 0,3°C pour une résolution spatiale de 30 cm par pixel.

Les images thermiques ont également été complétées par des suivis de terrain (sondes thermiques et prélèvements ADNe).

Principaux résultats

Les données obtenues ont permis :

  • De caractériser le profil thermique longitudinal sur l’ensemble du Bas-Verdon, du lac d’Esparron à la confluence avec la Durance
figure1 : Profil longitudinal de température issu de la campagne IRT-a de juillet 2022 sur le Verdon, avec les points notables et arrivées d’eau sur le tronçon d’étude (SCIMABIO Interface)

Figure : Profil longitudinal de température issu de la campagne IRT-a de juillet 2022 sur le Verdon, avec les points notables et arrivées d’eau sur le tronçon d’étude.

  • D’identifier 7 anomalies thermiques chaudes, avec une augmentation significative de la température médiane de l’eau (de près d’1 ou 2°C) sur des linéaires courts (200 à 300 mètres). Par exemple, au niveau du seuil du boudin de Gréoux-les-Bains ou de la confluence avec certains affluents comme le Colostre, ou liés à la morphologie comme au niveau du camping de Gréoux
figure 2 : Figure : thermie du Verdon au niveau d’une anomalie chaude, températures moyennes sur 100m avec délimitation (pointillés noirs) de la zone du chenal ayant servie au calcul (SCIMABIO Interface)

figure 2 : thermie du Verdon au niveau d’une anomalie chaude, températures moyennes sur 100m avec délimitation (pointillés noirs) de la zone du chenal ayant servie au calcul (SCIMABIO Interface)

Figure 3 : thermie du Verdon au niveau de l’anomalie chaude HP3, températures moyennes sur 100m (SCIMABIO Interface)

Figure 3 : thermie du Verdon au niveau de l’anomalie chaude HP3, températures moyennes sur 100m (SCIMABIO Interface)

Figure 4 : zone d’échauffement au niveau du camping de Gréoux, liée à la morphologie mais bénéficiant d’apports froids en amont et en aval (SCIMABIO Interface)

Figure 4 : zone d’échauffement au niveau du camping de Gréoux, liée à la morphologie mais bénéficiant d’apports froids en amont et en aval (SCIMABIO Interface)

  • D’identifier des zones de refroidissement important et des taches froides, secteur localisé avec une température d’au moins -0,5°C par rapport à la médiane du chenal.
Figure 5 : Distribution des poches froides recensées sur le Verdon. La taille des cercles reflète la superficie visible sur les images des poches froides, et l’axe y représente leur température minimale. Les taches dues à l’ombrage ont été retirées (SCIMABIO Interface)

Figure 5 : Distribution des poches froides recensées sur le Verdon. La taille des cercles reflète la superficie visible sur les images des poches froides, et l’axe y représente leur température minimale. Les taches dues à l’ombrage ont été retirées (SCIMABIO Interface)

Les refroidissements dans la première partie du tronçon d’étude étaient fréquemment situés juste après les anomalies chaudes, tamponnant ainsi l’effet de ces dernières. Ce mécanisme de régulation, reposant notamment sur des échanges dynamiques entre l’eau de surface et l’eau souterraine, permet ainsi une résilience naturelle dans ce contexte. L’exemple type correspond aux apports karstiques en aval du seuil boudin de Gréoux-les-bains :

Figure 6 : Thermie du Verdon et taches froides au niveau du seuil du boudin de Gréoux-les-Bains (SCIMABIO Interface)

Figure 6 : Thermie du Verdon et taches froides au niveau du seuil du boudin de Gréoux-les-Bains (SCIMABIO Interface)

D’autres zones de refroidissement représentaient des refuges thermiques intéressant, comme les bras morts situés en aval du tronçon étudié, et donnent des pistes de gestion par le maintien de la connectivité avec le Verdon.

Figure 7 : Thermie et taches froides sur la partie aval du Verdon. Les étiquettes correspondent à la température minimum dans la tache froide en °C (SCIMABIO Interface)

Figure 7 : Thermie et taches froides sur la partie aval du Verdon. Les étiquettes correspondent à la température minimum dans la tache froide en °C (SCIMABIO Interface)

  • De quantifier les habitats thermiques pour la truite sur la période estivale (juin – septembre 2025), en confrontant les températures mesurées aux exigences écologiques de l’espèce
Figure 8 : Confrontation du profil thermique obtenu par IRT-a aux exigences thermiques de la truite commune et retranscription en code barre des exigences le long du linéaire du Verdon. Image Tylwyth Eldar, Creative Commons (SCIMABIO Interface)

Figure 8 : Confrontation du profil thermique obtenu par IRT-a aux exigences thermiques de la truite commune et retranscription en code barre des exigences le long du linéaire du Verdon. Image Tylwyth Eldar, Creative Commons (SCIMABIO Interface)

Figure 9 : Répartition spatio-temporelle des conditions d’habitats thermiques pour la truite sur le Verdon en moyenne depuis 2021. Les graphiques indiquent pour chacun des enregistreurs thermiques le pourcentage de temps par jour des différentes exigences écologiques pour les 4 mois de la période estivale. Les chiffres à droite indiquent le pourcentage de temps où la température est >19°C entre juin et septembre (SCIMABIO Interface)

Figure 9 : Répartition spatio-temporelle des conditions d’habitats thermiques pour la truite sur le Verdon en moyenne depuis 2021. Les graphiques indiquent pour chacun des enregistreurs thermiques le pourcentage de temps par jour des différentes exigences écologiques pour les 4 mois de la période estivale. Les chiffres à droite indiquent le pourcentage de temps où la température est >19°C entre juin et septembre (SCIMABIO Interface)

De quantifier, avec les résultats ADNe montrant la présence du parasite responsable de la maladie rénale proliférative (PKD) et de son hôte intermédiaire, le risque sanitaire sur l’ensemble du tronçons d’étude (risque déclenché pour une température supérieure à 15°C, notamment sur des périodes de plus de 15 ou 30 jours) :

Figure 10 : Représentation du « risque » thermique pour la PKD (zones avec une thermie >15°C sans refuges) le long du linéaire étudié du Bas-Verdon. Les taches froides en roses sont celles où la température est inférieure à 15°C au plus froid + Quantification à droite du nombre de jours consécutifs à plus de 15°C en moyenne pendant l’été 2025 relevés par les sondes thermiques sur le Verdon (données FDPPMA 02, AAPPMA Bas-Verdon, DREAL, SMAVD)_ SCIMABIO Interface

Figure 10 : Représentation du « risque » thermique pour la PKD (zones avec une thermie >15°C sans refuges) le long du linéaire étudié du Bas-Verdon. Les taches froides en roses sont celles où la température est inférieure à 15°C au plus froid + Quantification à droite du nombre de jours consécutifs à plus de 15°C en moyenne pendant l’été 2025 relevés par les sondes thermiques sur le Verdon (données FDPPMA 02, AAPPMA Bas-Verdon, DREAL, SMAVD)_ SCIMABIO Interface

De segmenter le linéaire en tronçons thermiques homogènes à partir de cinq critères de rupture statistiques (R1 à R5) tirés des données IRT, permettant d’orienter la gestion différenciée du cours d’eau

Figure 11 : Exemple d’un tronçon « homogène » thermiquement, défini à partir de métriques tirées de la cartographie IRT, et des proposition de gestion correspondantes (SCIMABIO Interface)

Figure 11 : Exemple d’un tronçon « homogène » thermiquement, défini à partir de métriques tirées de la cartographie IRT, et des proposition de gestion correspondantes (SCIMABIO Interface)

Financements et partenaires

Ce projet a été porté par la FDPPMA 83 et l’AAPPMA « Société du Bas Verdon », financée par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, EDF, et la Fédération Nationale de Pêche, ainsi que le SMAVD qui a pris en charge les frais du survol dans le cadre d’une mutualisation avec un suivi sur la Durance. La cartographie thermique a été réalisée par SCIMABIO Interface.

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